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Indonésie, la Javanaise
Java, posée sur l’océan, entre Sumatra et Bali, est la plus peuplée des îles de l’archipel indonésien. C’est ici que bat le cœur du pays, ici que se prennent les décisions et qu’éclatent les révolutions.
Je commencerai mon périple par Jakarta, la capitale, tentaculaire cité où règne une éprouvante chaleur humide mêlée de pollution.
C'est un choc de me retrouver ici après la sérénité de la Vallée d'Harau. Jakarta est une mégalopole bruyante où les Indonésiens affluent depuis les coins les plus reculés de l'archipel dans l'espoir de faire fortune. Tous les espoirs et les désespoirs se télescopent dans un vacarme incessant. Ici se mêle l'Indonésie éternelle et le meilleur et le pire de l'Occident : centre commerciaux au luxe obscène et vendeurs de poulet en haillons, Mercedes rutilantes et motos épuisées que chevauchent des familles entières, hommes d'affaires pressés et putes alanguies. La ville bruisse et s'étale depuis son centre historique, ancien quartier colonial où survivent çà et là quelques vieilles demeures hollandaises. Plantée en plein cœur de Jakarta, une colonne de béton se dresse vers le ciel, symbole de l'Indépendance du pays après le départ des Néerlandais en 1947. Cette tour est le dernier cadeau à la nation de Soekarno, le père de l'Indépendance. Officiellement baptisé Monas, ce monument est malicieusement surnommé "la dernière érection de Soekarno".
Je me suis installé dans un petit hôtel miteux, en plein centre. Mes journées ici seront ponctuées de visites dans les différents musées de la ville, découragé par la file d'attente, je ne pénétrerai toutefois pas dans l'antre du dernier rêve de Soekarno.
Près de là, s'élève la plus grande mosquée d'Asie, énorme bâtiment moderne sans charme où affluent des milliers de croyants. En tant qu'infidèle je ne suis pas autorisé à y entrer. Je me dirige alors vers la cathédrale, bel édifice bâti par les colons hollandais au XVIII ème siècle. L'église est pleine à craquer, on célèbre en effet la messe. Les rites sont les mêmes qu'en France mais le prêtre fait son sermon en indonésien bien sûr. Posté en retrait, près de la porte, je suis malgré tout repéré et sollicité pour la quête. Un petit billet de mille roupies pour monsieur le curé et je sors dans la chaleur moite de l'après-midi. Le soir, alors que la température se fait plus supportable, je déambule dans les ruelles du quartier de Jalan Jaksa. C'est un mélange du Jakarta d'autrefois avec maisons basses, jardins et arrière-cours ou jouent les enfants et du Jakarta de demain avec buildings de verre et expatriés en vadrouille. Attablé devant une Bintang bien fraîche, la bière numéro 1 en Indonésie, je me fais aborder par la "faune" locale. Jakarta est considérée comme la ville des péchés et les personnages qui viennent discuter avec moi en sont une bonne illustration : homos en quête d'une soirée avec un petit blanc, Indonésiens éméchés et prostituées. Je finis mon verre et salue tout ce petit monde, direction mon lit car je me lève tôt le lendemain. Je dois être à la gare à 6h du matin pour tenter d'acheter un billet de train pour Yogyakarta. Yogyakarta, 8 juillet.Après une journée de train à travers la campagne javanaise, je découvre Yogyakarta (prononcer Djogjakarta ou Djogja pour les intimes). Ancienne capitale royale. Yogya est une des rares villes indonésiennes qui soit encore aujourd'hui dirigée par un Sultan. La cité est beaucoup plus petite que Jakarta. Son artère principale, Malioboro (rien a voir avec les cigarettes !), est flanquée de centaines d'échoppes où se vendent sarongs, batiks et autres t-shirts. Je visite le Kraton, le palais du Sultan. Il s'agit d'une véritable ville dans la ville mais dont la majeure partie reste inaccessible aux touristes. Tout près de là s'élève le château d'eau où les Sultans d'autrefois s'étaient fait construire d'élégantes piscines pour batifoler avec leurs épouses à l'abri des regards indiscrets. Suite à plusieurs séismes, l'endroit est malheureusement très endommagé. Puis, je découvre le marché aux oiseaux. On y vend effectivement toutes sortes de volatiles mais aussi des lapins, des chiens et autres animaux domestiques. Plus étrange, les singes en cage et les chauve-souris. En ce qui concerne ces dernières, j'apprends qu'elles ne sont pour leur part pas vendues comme animaux de compagnie mais sont utilisées comme remède traditionnel pour combattre l'asthme.Au rayon des étrangetés, je croise aussi des vendeurs de serpents, de criquets et de larves de fourmis, tout cela m'ouvre l'appétit ! Je me perds ensuite dans un labyrinthe d'étroites ruelles. Au détour de l'une d'elles, une femme m'aborde. Elle veut me faire visiter la vieille mosquée. Je la soupçonne de vouloir de l'argent et refuse en souriant. Elle insiste et me dit qu'elle n'a pas besoin de mon argent, qu'elle le fait pour son karma. La visite s'avérera finalement passionnante et ce petit bout de femme pleine d'énergie et d'humour me raccompagnera avec un grand sourire vers la sortie du labyrinthe. Comment ne pas aller a Borobudur lorsque l'on vient à Yogya ? Situé à 2 heures de bus, le temple de Borobudur est sans conteste le monument le plus célèbre d'Indonésie et un des plus beaux temples d'Asie du Sud Est. Borobudur est un rêve de pierre bâti par les Empereurs javanais autour du 7ème siècle après JC, à une époque ou l’île était bouddhiste. Sur les flancs de cette pyramide en forme de lotus, 4 escaliers s’élancent vers le sommet à travers six niveaux de terrasses couvertes de pierres sculptées et de stupas. Borobudur attire bien entendu des centaines de visiteurs chaque jour, aussi je décide de dormir a proximité. Le soleil se lève à peine lorsque je découvre le site. Deux moines bouddhistes récitent des mantras au sommet, le soleil commence à réchauffer l’atmosphère et une brume se lève. Le moment est magique et je savoure la plénitude des lieux avant que ne surgissent les premiers bus de touristes. Situé aussi tout près de Yogyakarta, le temple de Prambanan est d'inspiration hindouiste. Moins connu que Borobudur, le site n'en reste pas moins tout aussi impressionnant. Malheureusement en partie détruit par le séisme de 2006, de nombreuses zones en sont désormais inaccessibles. Mais c'est un endroit idéal pour attendre le coucher de soleil et faire quelques photos alors que le ciel se teinte de couleurs sanglantes.
10 juillet. Après la culture, la nature. Je quitte Yogya en bus, direction l'Est de Java avec pour objectif le volcan le plus sacré de Java, le Bromo. Je passerai la nuit en altitude, au pied du volcan. Il fait étrangement froid et je dois pour la première fois depuis longtemps sortir mon pull en polaire. Le lendemain, à 4h du matin, je pars pour le sommet.
Je suis surpris par la foule qui, comme moi, y attend le lever du soleil. Nous devons être une bonne centaine à guetter les premières lueurs. Du coup, cela manque un peu de magie. Mais le spectacle est tout de même fantastique. Devant moi s'étale un haut plateau volcanique, avec plusieurs cratères fumants de souffre. Au loin, le plus haut volcan expulse a intervalles réguliers de violents nuages de cendre. Ma dernière journée sur Java m'entraînera ensuite à travers les collines de l'Est. Je suis à bord du bus pour Denpasar. Bientôt, surgit l'océan. Il fait nuit alors que je monte à bord ferry. Au loin brillent les lumières de Bali, un autre chapitre peut commencer.
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