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Pérou, la vallée sacrée c'est le Pérou !
Je quitte Copacabana et la Bolivie un matin pluvieux. Une heure de bus à peine nous sépare de la frontière péruvienne. Je m'acquitte des formalités de douane puis traverse la frontière à pied pour retrouver mon bus au Pérou. Me voici donc dans un nouveau pays.
Le Pérou est culturellement très proche de la Bolivie et je ne note pas de différence majeure lors de mes premières heures ici. Le Pérou est sans doute un peu plus riche que son voisin bolivien mais cela se joue à un poil de lama près. Cette journée de bus me semblera interminable. Un premier arrêt à Puno me permet d'aller acheter quelques tamales pour la route. Je dois changer ici de bus et prendre le Puno-Cusco. Il est midi, je parviendrai à destination à 20h. Entre deux siestes, je contemple le paysage par la fenêtre. Nous filons dans le creux d'une vallée d'altitude. Autour de nous s'élèvent les sommets enneigés des Andes, la vue est magnifique. Cette vision confirme mon souhait de partir en trekking autour de Cusco dans les prochains jours. Le voyage sera aussi ponctué de nombreux arrêts à l'occasion desquels des marchandes montent à bord pour vendre toutes sortes de choses à grignoter : glaces aux couleurs fluorescentes ou épis de mais grillés (dont elle font la promotion en hurlant choclo, le nom local de cette céréale). Plus original, deux femmes s'installent au milieu du bus pendant près d'une heure. A grands coups de hachoir, elles se mettent à découper des morceaux de viande qu'elles vendent à bord. Rapidement, une odeur de sang envahit le véhicule... Enfin, alors que notre périple touche à sa fin, deux Indiens se mettent à jouer de la guitare et à chanter. Bientôt, tous les passagers réclament de nouvelles chansons et le voyage se termine dans une ambiance de fête. Me voici donc parvenu à Cusco. Epuisé par la journée de bus, je me jette dans un taxi et lui demande de m'emmener à l'hôtel Ninos. Malgré la fatigue, je découvre émerveillé la Grande Place de Cusco - ou Plaza de Armas - et la splendeur de cette ville alors que l'ombre de la nuit tombe sur les toits de tuile des vieilles demeures coloniales.J'ai décidé de terminer ici mon périple de trois mois en Amérique Latine. Je passerai trois nuits à Cusco même, le reste de mon séjour étant consacré au trekking dans les Andes et à la visite du Macchu Picchu. L'hôtel Ninos où je loge ici est d'un confort supérieur aux dortoirs où je dors habituellement : je me retrouve en effet dans une chambre individuelle avec un bon matelas, de vrais draps et une énorme couette pour me protéger des froides nuits cusquéennes. Bien sûr, le prix est plus élevé mais l'hôtel Ninos est géré par une association qui s'attache à sauver les enfants des rues. Alors je me dis que je me fais un peu plaisir et qu'en même temps les quelques dollars supplémentaires seront utilisés pour une belle cause ! Le lendemain, je suis debout au chant du coq, excité comme un gosse d'être enfin dans cette ville qui me faisait rêver lorsque j'étais enfant. Armé d'un ticket me donnant accès à une multitude de musées et bâtiments, j'attaque donc un vrai marathon culturel. En hors d'œuvre, voici la Plaza de Armas, où ce jour-là défilent toutes les écoles de la ville. Uniformes et pas cadencé, j'imagine la réaction des lycéens français si l'Education Nationale leur demandait de défiler de la sorte ! Cette place aux dimensions imposantes est bordée d'édifices coloniaux et d'églises. Les deux plus remarquables sont la cathédrale et l'église de la Compagnie de Jésus (les Jésuites). Aux premiers temps de l'occupation espagnole, une rivalité opposait l'Evêque aux Jésuites. Chacun voulait que son église soit la plus belle de la cité. Lorsque l'Evêque s'aperçut que l'église bâtie par ses ennemis était en passe de surpasser en beauté sa cathédrale, il fit un gros caprice, se roula par terre et accessoirement informa le Vatican. Sommés de ne plus taquiner ce pauvre évêque, les Jésuites revirent leurs prétentions à la baisse. Mais le résultat est là : leur église est sans doute un peu moins imposante mais tout aussi belle que la cathédrale. Trois places constituent en fait le cœur de Cusco : la fameuse Plaza de Armas, la Plaza Regocios et la Plaza San Francisco. Au moment de la conquête, la capitale inca comptait 100 000 habitants et ces trois places n'en formaient qu'une, le Huacayapata, centre des grandes cérémonies annuelles où des dizaines de milliers de gens se rassemblaient pour assister aux festivités. Impressionnés par les dimensions de l'esplanade, les conquistadors décidèrent rapidement de la diviser en trois places car il était hors de question qu'il pût exister ici une place plus grande qu'à Madrid. L'Espagnol est décidément très susceptible. Le résultat est tout de même très sympathique et je prends plaisir à me promener entre ces trois places, sous les arcades des vieilles maisons espagnoles du seizième siècle. Bien sûr, je passerai quelques heures au musée Inca. Puis je me perds dans les ruelles de la vieille ville, entre murailles inca et édifices coloniaux. Cusco est un fabuleux mélange des architectures indiennes et européennes. Soucieux d'imposer rapidement leur domination, les Espagnols ont bâti une nouvelle ville, effaçant souvent les bâtiments incas, telle la Cathédrale construite sur les fondations du Palais de l'Empereur, les réutilisant parfois en partie. Plusieurs rues sont ainsi bordées de murs extraordinaires où toute l'ingéniosité des architectes incas se lit dans l'agencement des fameuses pierres à dix, onze ou douze angles, et plus si affinités.A l'époque de l'Empire Inca, le lieu le plus sacré de la capitale était le Korikancha - ou Temple du Soleil. Sans doute la construction la plus folle de l'histoire de l'humanité. Les écrits des premiers chroniqueurs européens transpirent d'émerveillement et de cupidité. Ce temple de 140 mètres de long sur 135 de large était entièrement recouvert d'or, d'argent et de pierres précieuses qui reflétaient la lumière du soleil et celle des torches la nuit. Ici vivaient 3000 femmes, épouses du Soleil. Choisies parmi les plus belles femmes de l'Empire, elles étaient un peu l'équivalent de nos religieuses (à la différence que nos religieuses ne sont pas choisies parmi les plus belles). Au pied des murailles s'étendait un vaste jardin d'or où arbres et animaux étaient entièrement faits de cette matière. Bien entendu, les nouveaux occupants se chargèrent très vite de tout démolir pour fondre tout cela en lingots et l'envoyer en Europe. Sur les ruines du temple ils bâtirent ensuite un couvent. Une partie du Korikancha est toutefois encore visible à l'intérieur du couvent et même s'il a perdu la splendeur d'autrefois, j'avoue que la visite m'a beaucoup plu. C'est la tête pleine de toutes ces merveilles que je retrouve le soir mon ami Mark qui débarque à son tour à Cusco. Il a lui aussi très envie de partir en montagne. Le temps nous manque pour organiser un trek par nous mêmes, nous décidons donc de nous joindre à un groupe déjà programmé pour le surlendemain. Nous partirons donc cinq jours dans le massif du Salkantay pour redescendre ensuite sur le Machu Picchu, feu d'artifice final de mon séjour au Pérou. Le lendemain, après avoir loué un duvet de haute montagne et acheté quelques bricoles nécessaires à notre "expédition", je convaincs Mark de m'accompagner pour le chapitre 2 de mon marathon culturel. Au programme : visite de Sacsayaman, la forteresse inca qui domine Cusco. La ville avait été dessinée en forme de puma et Sacsayaman en était la tête. Des blocs de pierre de plusieurs tonnes nous dominent alors que nous nous promenons le long des murailles. L'endroit est bien sûr très touristique mais cela n'enlève rien à la majesté des lieux. Puis, en guise d'entraînement au trek, nous partons à la recherche des innombrables temples qui se cachent dans les montagnes autour de Cusco. Nous passons ainsi une demi-journée à randonner de temple en temple. Dans l'un d'entre eux, alors que nous progressons à l'intérieur d'une galerie, nous faisons la rencontre d'un jeune Indien. Il commence à m'expliquer quelques éléments sur le site et je me dis qu'il cherche à gagner quelques Soles (monnaie péruvienne). Finalement le personnage est intéressant et nous le laissons nous guider dans le temple presque désert. Il nous indique alors des détails que nous n'aurions jamais remarqués. Ici l'emplacement dans lequel les rayons du soleil viendront frapper à chaque solstice d'été, là le trône usé par les siècles où s'asseyait le Grand Prêtre. Peu à peu, il devient plus bavard sur lui même et nous explique qu'il est fils de chaman, lui même en apprentissage. Il vit dans un village près d'ici où les traditions incas sont encore très vivantes et où les touristes ne sont pas forcément les bienvenus... surtout les Espagnols pour ce qu'ils ont fait subir aux Indiens. Enfin, il nous propose de tenter une expérience de communication par la pensée. Je me retrouve donc assis sur le trône de pierre alors que mon ami anglais chevauche une pierre sacrée à quelques mètres de là. Nous fermons les yeux. Bon, là je me dis qu'il va en profiter pour nous tirer nos appareils photo, sale déformation d'occidental matérialiste. Mais après quelques minutes de concentration, rien ne se passe. Nos appareils photo sont toujours là et je n'ai reçu aucune information télépathique de la part de mon compère d'outre-Manche. Notre apprenti sorcier indien semble sincèrement désolé pour nous. "Vous êtes les enfants de la technologie", tel est son verdict. "Nous sommes les enfants de la nature, nous avons gardé ce contact avec la terre et les esprits que vous avez perdu". Il est temps pour nous de partir. Notre jeune chaman donne à Marc un collier avec un talisman. En bon enfant de la technologie et du pognon, Marc lui tend un billet en échange. Mais le jeune sorcier refuse. Nous partons en le remerciant pour la minute mystique de la journée. Je suis à deux doigts de balancer mon appareil photo, de me mettre tout nu et de partir en courant dans la montagne à la recherche des esprits de la nature. Non, je plaisante, je vais pas balancer un appareil à 300 euros, faut pas exagérer ! Pour fêter notre appartenance au monde de la technologie, nous décidons ce soir de faire un dîner typique ! Nous nous régalerons ainsi de cuy... du cuy ? Une savoureuse spécialité locale que l'on appelle par chez nous le cochon d'Inde.
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