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Argentine et Bolivie, sur l'altiplano pour un rallye plein ciel
Ciao Buenos Aires ! 1500 kilomètres plus tard, en direction du Nord-Ouest et je m'installe à Salta. Après l'appartement de Christian, me voici de retour dans l´ambiance des dortoirs en compagnie de deux Italiens et trois Suisses. Je suis à présent tout proche de la frontière bolivienne et c´est une autre Argentine que je découvre ici : paysages de montagne arides et population en majorité indienne.
Salta est un bel exemple d´architecture coloniale, une des rares villes de ce type en Argentine. Je passe ici deux journées avec au programme une visite de Cafayate, centre de production viticole ainsi qu´une ballade au milieu de gorges aux couleurs fantastiques qui me mèneront à Quilmes, ancienne cité indienne en ruine dont le nom a été emprunté par la bière la plus fameuse d'Argentine.Impatient de découvrir les hauts plateaux andins - le fameux Altiplano - je décide de progresser ensuite en direction du Nord, vers Huma Huaca, village quechua situé à 3000 mètres d´altitude et à 6 heures de bus de Salta.
Je passerai ici une soirée à refaire le monde avec Alice, une Anglaise qui revient de Bolivie et prend la route de Buenos Aires.
Le lendemain, j'embarque à bord d'un bus, destination la frontière bolivienne que je franchis ensuite à pied avant de rejoindre la gare de Villazon. J´ai fait, en route, la connaissance de Ami, Israélien et Esther, Hollandaise et c´est ensemble que nous prenons le train pour Tupiza. Je n´avais plus pris de train depuis l´Inde et c´est avec bonheur que je regarde défiler le paysage, steppes semi-désertiques, gorges aux couleurs pourpres et zones pastorales. Nous voici bientôt à Tupiza, gros village bolivien avec son marché et ses femmes aux chapeaux melon et robes multicolores. Vous noterez a ce sujet que je n´ai pas ou peu de photos de Boliviens. C´est pourtant un véritable paradis de photographe mais il est visiblement difficile de tirer le portrait des locaux, en tout cas beaucoup plus qu'en Inde. Je me suis ainsi fait joliment insulté par une mamie après lui avoir demandé, dans mon espagnol le plus poli, si je pouvais la prendre en photo. Presque deux fois la taille de la France mais seulement 8 Millions d´habitants, la Bolivie abrite les villes les plus hautes du monde, les déserts les plus secs, des sommets glacés culminant à plus de 6000 mètres qui surplombent des forêts équatoriales étouffantes. Et puis bien sûr, il y a l´Altiplano : un haut plateau presque désertique où vit traditionnellement l´essentiel de la population, indienne et parlant plutôt quechua (la langue des Incas) qu'espagnol. La Bolivie est le pays le plus pauvre d´Amérique Latine : salaire moyen, autour de 150 euros par mois. Une nuit d´hôtel en dortoir 2 euros, en chambre individuelle, 5 euros.Ici, peu ou pas de routes carrossables. L´essentiel du réseau est composé de pistes. Hormis quelques lignes de chemin de fer en voie de fermeture, l`essentiel du trafic se fait par camion et bus. La Bolivie sera pour moi synonyme de nuits et de journées de bus sur des routes pourries bordées de ravins vertigineux : voici une nouvelle expérience de la route pleine d`adrénaline ! Rallye en plein cielJe débute ma découverte de la Bolivie par la traversée de la région du Sud Lipez en 4 X 4. Le but du jeu ? Rejoindre Uyuni depuis Tupiza par une boucle de plusieurs centaines de kilomètres à travers certains des paysages les plus dingues de la planète. Au menu : pistes folles à flanc de montagne et à plus de 4000 mètres d`altitude, déserts magiques, lacs colorés, geysers et pour finir, le plus grand lac salé du monde : le Salar de Uyuni. Ce "rallye" des merveilles naturelles me prendra 4 jours et je le ferai en compagnie de Esther, Ami ainsi qu`un couple de Canadiens anglophones rencontré à Tupiza. Cela nous permet de partager le prix de la location de la voiture, du chauffeur et du "copilote-cuistot-dj". Chargés de vivres pour 4 jours, nous partons donc direction sud/ sud-ouest vers la frontière chilienne et les confins du désert d´Atacama. Sur notre route nous croiserons peu d'humains mais beaucoup de lamas et vicuñas (cousin sauvage du premier). La première journée de piste se déroule sous un ciel menaçant et quelques averses. Nous déjeunons rapidement en compagnie de nos amis lamas, les yeux rivés sur les dizaines d´éclairs qui zèbrent le ciel autour de nous, prêts à trouver refuge dans la voiture si le ciel vient à nous tomber sur la tête. Nous avons franchi plusieurs crêtes et cols et faisons halte le premier soir dans un refuge sommaire situé à 4000 mètres d'altitude.
La respiration est un peu difficile, j`évite donc tout effort violent. Les condition sont très rudimentaires, pas d`eau, pas d`électricité... donc pas de douche, il faudra attendre la troisième nuit, nous sommes prévenus.
Après la soupe, je marche un peu autour de notre cabane. Il fait nuit, la lune est absente, il n`y a pas un seul nuage. Nous sommes en altitude et tout proches du désert d`Atacama réputé chez les astronomes comme le ciel le plus pur de la planète : voici de bonnes raisons pour lever le nez vers le ciel et là, c'est l'extase ! Des milliers de milliards d`étoiles, une voie lactée plus lactée que jamais, pas écrémée ou demi-écrémée comme chez nous ! Et puis, encore plus incroyable, d`autres galaxies que je suppose être le Nuage de Magellan et Orion. Je n`avais jamais vu de galaxies à l`œil nu... spirales vaporeuses sur un ciel irréel. Je m`endors la tête pleine d`étoiles. Ce périple en 4x4 sera l`occasion aussi de faire une halte dans un petit village quechua, d`où sont originaires nos amis chauffeurs, Bernardé et Felipe.
C'est le moment pour mon ami Ami de faire une démonstration de ses talents de magicien auprès des enfants du village. Il récoltera mines ébahies et regards émerveillés.
La météo est désormais avec nous : grand ciel bleu et paysages toujours plus incroyables.
Nous traversons le Désert de Dali, aux montagnes teintées de multiples couleurs. Le 4 x 4 grimpe péniblement vers un col à 5200 mètres d`altitude puis redescend vers une succession de lacs roses, blancs ou verts turquoise. Plus loin, des champs de vapeur nous accueillent, ici jaillissent geysers et fumerolles aux âcres senteurs de souffre. Enfin, la piste bondit vers une plaine infinie au milieu de laquelle trône l`Arbol de Piedra, l`arbre de pierre, occasion d`une halte photos.
Les kilomètres défilent. Les journées sont longues : nous partons en général autour de 5h30 / 6h00 du matin et nous arrêtons autour de 17 heures le soir.
La cumbia, musique très populaire en Bolivie et similaire à la Salsa cubaine, passe en boucle sur la radio. Bernarde n`a que deux disques... nous finirons donc par connaître par cœur les paroles à l`eau de rose et les chantons bientôt sans problème dès que les premières notes résonnent.
Ainsi passent les jours sur la piste.
La fin du périple approche, nous voici au matin du quatrième jour, en bordure du Salar de Uyuni... la plus grande étendue salée du monde.
Vestige d`une ancienne mer intérieure aujourd'hui disparue, le Salar étend sa platitude immaculée à 3600 mètres d'altitude.
Il est 5 heures du matin et nous entamons la traversée alors que le soleil pointe à peine sur l´horizon.
La voiture file à grande allure sur la piste de sel. Autour de nous, 12 000 km2 de sel à perte de vue.
Le soleil se lève doucement et révèle un paysage extraordinaire, sans aucun doute un de mes plus grands souvenirs de voyage.
Nous faisons quelques haltes au milieu de ce paysage minéral. Cà et là, apparaissent quelques trous dans la couche de sel uniforme. L`eau affleure à 20 cm à peine sous la croûte de sel, j`ai le sentiment de marcher sur une immense banquise.
Le 4 x 4 dévore les kilomètres de sel pendant encore près d`une heure avant de faire étape sur la Isla del Pescador, l`ile des pêcheurs. Il s`agit bel et bien d`un îlot posé au milieu de la vaste plaine. Hérissé de cactus, c`est un poste d`observation idéal pour admirer le Salar et nous nous y attarderons une bonne heure avant de prendre notre petit déjeuner, assis sur le bord de l'infini blanc. Nous reprenons ensuite notre route en direction d`Uyuni, village situé en lisière du Salar.
Ne pouvant plus résister, je demande à Bernarde s'il accepterait que je prenne le volant et il accepte. Je ne suis plus seulement spectateur, il me faut à présent ménager le confort de mes 6 passagers au volant de ce tank du désert. Mais je prends un plaisir extraordinaire à conduire le 4 x 4 pendant le reste de cette irréelle navigation sur une mer disparue.
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