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Laos, Luang Prabang et le Laos secret
Luang Prabang. Voici une des étapes majeures de mon voyage en Asie avec Vârânasî, une de ces villes dont le nom me fait rêver depuis longtemps. La vieille cité de Luang Prabang, bâtie au confluent du Mékong et de la Nam Khan, est une ancienne capitale royale. Ici se dressent des dizaines de temples et se mêlent les architectures lao et française. C'est la cité la mieux préservée d'Asie du Sud Est selon l'Unesco. J'arrive ici après une journée de bus depuis Vang Vieng, à travers un paysage de montagnes et de jungles. La ville est effectivement très belle. Je me sens presque propulsé un siècle en arrière tant l'atmosphère de la vieille Indochine coloniale est prégnante.
Au milieu de la cité se dresse l'ancien palais d'où la famille royale a été expulsée par les Communistes lors de la Révolution de 1975. Morts de faim dans une grotte ou ils étaient maintenus prisonniers, leurs fantômes reviendraient ici chaque nuit. Les habitants de Luang Prabang ne s'aventurent jamais dans l'enceinte du palais après le coucher du soleil, par peur de croiser leurs esprits.
Le Mékong est ici comme je le rêvais, large, couleur de boue, aux rives frangées de palmiers, aux flots mouchetés de longs bateaux de bois qui transportent hommes et marchandises.
Depuis la construction de routes goudronnées dans les années 90, le fleuve a perdu de son importance dans la vie du Laos. Mais il reste l'un des grands fleuves les plus sauvages de la planète.
Je passerai une petite semaine à Luang Prabang, plus que je n'avais prévu au départ. Le Laos ne me réussit décidément pas côté santé : après la turista de Vientiane, ma semaine à Luang Prabang est en effet marquée par une fièvre de cheval et les symptômes de la grippe. Je dois avouer que le moral est un peu en berne. Il est temps que j'aille me réfugier dans les provinces reculées du Laos.
Après quelques jours de fièvre persistante, je retrouve la forme et saute dans un songtheu, petit camion dont la plate-forme arrière est munie de deux banquettes et dans lequel s'entassent un maximum de personnes, de sacs de riz et de poules. Me voici bientôt à Nong Kieu, dernier village desservi par la route. Je suis au cœur du Laos rural, au bord de la magnifique Nam Hou, un des affluents du Mékong. Je m'installerai ici quelques jours, dans un modeste bungalow en bambou au bord de la rivière.
Nong Kiau, 21 janvier. J’ai embarqué sur un bateau en direction du Nord. Il n'y a désormais plus de routes dans la région que j'aborde à présent. Voici le Laos tel que je l’avais rêvé. Mon bateau file au ras de l’eau, franchit plusieurs rapides. Il est encore tôt et la brume enveloppe la forêt vierge au milieu de laquelle nous glissons. Parfois, le soleil perce le brouillard et dévoile fugitivement les montagnes qui se dressent alentours, paysages granitiques typiques de l’Asie du Sud Est. Au loin, vers la Chine, une imposante barrière montagneuse ferme le paysage. Elle empêche la construction d’une route. Mais pour combien de temps encore? De temps à autre nous croisons un pêcheur ou une famille, glissant silencieusement sur leurs barques. Cà et là, quelques buffles d’eau paissent sur les berges du fleuve.Après environ une heure de navigation, nous atteignons Muang Noi. La forêt s’éclaircit et une petite bourgade apparaît, succession de maisons en bambou construites sur pilotis. Je m’installe ici, l’atmosphère me plaît beaucoup. Je ne suis pas le seul touriste à m'aventurer dans ce petit coin de paradis. Plusieurs pensions ont déjà ouvert leurs portes aux étrangers. Deux euros la nuit pour une hutte avec toilettes collectives et robinet ou rivière au choix pour la douche. Le confort est minimal mais quel plaisir d’être ici ! L'endroit me semble parfait pour un trekking.
Je récupère une carte manuscrite et sommaire des environs et décide de partir à la découverte des montagnes environnantes et de leurs villages perdus dans les prochains jours. Le Laos secret est à portée de main !
Hoy Sen, 25 janvier
Comme je l'avais projeté, j'ai quitté Muang Noi, un sac sur le dos, et je suis parti à la découverte des villages cachés dans la montagne. Me voici à Hoy Sen, gros hameau d'une cinquantaine d'habitations, toutes construites sur pilotis pour entreposer bois et autres matériaux à l'abri de la pluie. Des dizaines d'enfants m'entourent rapidement et une belle séance photo débute.
Les adultes se montrent plus réservés mais de grands sourires éclairent leurs visages quand je leur dis Sabaiddee.
Ce soir, je suis hébergé chez Kamphan.
Alléché par tous les canards en liberté, je passe commande d'un canard grillé.
En attendant, je vais me laver dans la rivière. Il y a déjà du monde, hommes en slip et femmes dissimulées sous leurs sarongs.
Les plaisanteries fusent alors que le soleil se couche doucement derrière la montagne.
Je ne ferai qu'une bouchée du canard. Kamphan sort sa bouteille de Lao-Lao, l'alcool de riz tord-boyaux local. Cul sec ! Comme d'habitude, le chant du coq me réveille aux premières lueurs du jour. Quelques œufs frits et un café lao plus tard, mon hôte refuse de me laisser partir sans un coup de Lao-Lao pour la route. C'est l'estomac brûlé par l'alcool que je quitte Hoy Sen et m'enfonce dans la jungle. Après trois heures de marche, je parviens à Khai Khau. Les habitants semblent ici plus réservés. Alors que je pénètre dans le village, deux femmes se figent et détalent, visiblement effrayées. Les étrangers doivent être très rares par ici. Un enfant se met à hurler en me voyant. Soit je suis particulièrement mal rasé, soit il n'a jamais vu un long nez de sa vie !
Après Khai Khau, j'entame la descente vers la vallée par l'autre versant. Je m'égare longuement dans la jungle avant de trouver, épuisé et soulagé, la rivière. Un pêcheur me ramène à Muang Noi. Descente sur le fleuve au crépuscule, les pêcheurs regagnent leur village. Les chauves-souris frôlent la surface de l'eau. Nous traversons des gorges encaissées où la pirogue tangue joyeusement sur les rapides. La nuit enveloppe bientôt la rivière et je goûte la plénitude du Laos.
Je vais bientôt quitter le royaume du Million d'Eléphants. Ce pays est d'une beauté et d'une sérénité incroyables. Il y reste encore des régions isolées où subsistent de petits villages perdus. Ils n'apparaissent pas sur les cartes, sauf sur cette "carte au trésor" que je garde précieusement et que je ne divulguerai pas - comme un cueilleur de champignons ne divulgue pas ses coins secrets !
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