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Inde, en chemin pour Varanasi, la ville de la mort
En train, d'Amritsar à Vârânasî : Le train est un élément majeur de tout voyage en Inde. On peut voyager en classe sleeper (la moins chère), 3ème, 2ème et 1ère classe. Je voyagerai pour ma part le plus souvent en 3ème, un minimum de confort pour un prix imbattable. Les gares sont quant à elles de fantastiques endroits pour observer la vie quotidienne des Indiens. Beaucoup vivent ici, installant leurs lits le long des quais à la nuit tombée. Chiens errants et cochons complètent le tableau. Mon train s'ébranle à nouveau, demain je m'éveillerai à Vârânasî, la cité sacrée.
La "plus grande salle de bains du monde" disent certains guides de voyage. La ville la plus sacrée d'Inde et l'une des plus anciennes cités du monde, vieille de plus de 3000 ans. Vârânasî, ou Bénarès, est un immense temple dédié à Shiva, le dieu du Temps et de la Mort, source de la création du monde. De ses cheveux coule le Gange. Je parviens ici après 4 semaines de tribulations en Inde. C'est à mon sens un bon moyen d'apprécier réellement l'endroit car je suis à présent débarrassé de mes craintes et répulsions d'Européen. Vârânasî est en effet l'une des cités les plus sales et encombrées du pays.
Ici, un arbre pousse entre les pierres d'un temple délabré, là des singes s'élancent à l'assaut de façades lépreuses. Plus loin, une vieille femme ramasse une bouse et la pétrit à mains nues. Elle en fera une galette destinée à servir de combustible.
Et quand la ruelle se fait rue, le grouillement s'amplifie. Vélos, motos, rickshaws se mêlent dans un chaos indescriptible. Tout déborde de vie et d'énergie et mes sens sont en alerte. La foule marche, marchande, crie, rote, rit, prie, pisse. Vieux sages, femmes en sari, mendiants, lépreux, écoliers, vieillards enturbannés et jeunes en jeans se pressent, se croisent. Je passe en quelques secondes de l'odeur savoureuse de la cannelle et de la cardamone aux effluves écœurantes de l'urine pour être finalement happé par le fumet du pain qui cuit. Et puis soudain, je me retrouve sur les ghâts, berges du Gange bâties en escaliers, sur lesquels s'étale toute la vie et la mort des Indiens. Hommes et femmes y font leurs ablutions, se baignent, se lavent et lavent leur linge. Le sacré et le quotidien se mêlent dans les eaux troubles du fleuve.
Le tout se fait sur fond de chants et de tambours. Sur le fleuve se pressent des dizaines de barques où s'entassent les fidèles désireux de poser une bougie sur le fleuve en offrande aux dieux. Bien que le sens de tout cela m'est étranger, la ferveur et l'atmosphère des lieux me fascine.
Vârânasî est la ville où tout Hindou souhaite mourir car ici se trouve le pont entre le monde matériel et le monde spirituel. Mourir ici permet de mettre fin au cycle des réincarnations et atteindre le Moksha, étape ultime de tout esprit dans l'univers hindouiste. A toute heure du jour et de la nuit, on porte, à travers les ruelles de la ville, des brancards de bois sur lesquels sont hissés les corps des défunts. Parvenues sur les berges, les dépouilles sont tout d'abord immergées dans le fleuve puis mises à sécher pendant une heure. Pendant ce temps, les hommes de la famille se font raser la tête. Puis, tous les proches partent en barque sur le fleuve pour se purifier. Au retour, on pose le corps sur un tas de bûches. Le fils aîné ou le grand frère va alors chercher le feu sacré de Shiva, un feu qui brûle sans interruption depuis 3000 ans, et embrase le bûcher. L'âme peut enfin se libérer. Une épaisse fumée monte à présent sur les ghâts et le vent soulève les cendres chaudes qui retombent en neige sur mes épaules. Lorsque la crémation est achevée, le crâne est brisé d'un coup de maillet et les cendres sont recueillies dans un vase pour être versées dans le Gange. Mais je découvre aussi avec surprise un autre visage de Calcutta. Celui d'une ancienne capitale, celle de l'Empire des Indes Britanniques. Et c'est étonné que je flâne dans ce qui ressemble à un mélange de Londres et de Delhi. Je quitte l'Inde dans quelques heures. Ce pays m'aura particulièrement marqué. J'ai trouvé ici la merde et le jasmin mêlés. Comme bon nombre de voyageurs croisés ici, je ne sais pas si j'ai aimé ou détesté ce royaume des contrastes, cet enfer teinté de paradis. Je n'ai qu'une seule certitude, je reviendrai.
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