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Jaisalmer, 7 décembre. Cela fait à présent plus d'un mois que je navigue au coeur du sous-continent indien et il me semble que cela fait une éternité. Le temps est élastique en Inde et l'on y perd rapidement la notion de jour et de date.
Après Jaipur, la capitale du Rajasthan, j'ai donc pris la direction de Pushkar, ville bâtie autour d'un lac sacré où se retrouvent à la fois pèlerins hindous et hippies en quête de spiritualité et d'herbe magique.
Puis, ce fut Udaipur, célèbre pour son lac et ses palais. Ensuite, sont venues Jodhpur, la ville bleue dominée par une forteresse de pierre et enfin Jaisalmer et Bîkaner, cités poussiéreuses aux portes du désert du Thar.
C'est dans ce désert, en compagnie de Khan et de Ramada, chameliers et anciens contrebandiers d'armes, que je pars goûter le silence de l'océan de sable. Plaisir de diriger seul mon nouvel ami, Mister Laloo, un splendide dromadaire et de tenter de le mener au galop au milieu des dunes. Le soir venu, mes compagnons entonnent les chants des nomades du désert.
Une nuit sous les étoiles puis je m'éveille à l'odeur du thé aux épices qui cuit doucement sur le feu. La deuxième journée nous amène près de la frontière du Pakistan.
Le silence est soudain troublé par de puissantes explosions. Il s'agit de bombes que l'armée fait exploser, en guise d'entraînement mais aussi pour impressionner l'ennemi pakistanais tout proche.
Nous prenons doucement le chemin de Jaisalmer. Khan m'explique qu'il a 4 frères plus jeunes et qu'il est le seul à travailler pour nourrir ses parents, ses frères ainsi que sa femme et ses deux enfants. Il ne rentre chez lui que deux fois par an pour économiser le plus possible mais me dit aimer cette liberté et cette vie dans le désert.
Le taureau libre, entre mythe et réalité :
Jaisalmer, forteresse couleur sable plantée en plein désert. Je discute avec Shakh, commerçant avisé et cultivé. Après avoir en vain tenté de me vendre toutes ses babioles, il me prend en amitié (ou espère me convaincre plus tard de me fourguer sa marchandise) et m'invite à boire le thé. La conversation prend une tournure familière et il me raconte quelques traditions du pays peu connues des étrangers :
Parfois, un jeune garçon est célébré par les prêtres comme un saint, un lien entre les dieux et les hommes. On l'appelle ''le taureau libre''. Dès la puberté, il peut aller de maison en maison, jour et nuit et manger, boire à l'œil. Il peut aussi avoir des relations avec les femmes des maisons qu'il visite. C'est pour elles un honneur. Quant aux époux, ils doivent alors lui laisser leur foyer pour la nuit. Cette vie de patachon a toutefois un prix. Parvenu à l'âge de 21 ans et lorsque la lune et les astres sont favorables, les prêtres tranchent la tête du jeune homme. Son corps est ensuite découpé en morceaux qui sont distribués aux habitants afin qu'ils puissent les vénérer. Cette tradition est aujourd’hui officiellement interdite en Inde (tout comme celle du Sati ou le fait pour une veuve de se suicider dans le brasier où se consume le corps de son époux décédé). Mais mon hôte garde un sourire énigmatique lorsque je lui demande si certains bravent l'interdit.
Le Temple des Rats :
A quelques kilomètres de Bîkaner, au nord du Rajasthan, se trouve la ville de Deshnok. Là-bas, on peut admirer un temple, le Karnati, dans lequel vivent des centaines de rats vénérés par les fidèles. Je marche ainsi, pieds nus, au milieu des rats qui se pressent autour de jattes remplies de lait et d'offrandes. Il est de bon augure de voir un rat passer sur son pied, j'aurai cette chance.
Après les rats, les vaches :
Elles sont partout et souillent de leurs bouses toutes les rues du pays. Elles peuvent bloquer la circulation, vous courser sans raison dans une ruelle ou tenter d'entrer dans une maison. Parfois, la tentation est grande de les taper pour qu'elles me laissent passer. Mais je m'abstiens depuis que l'on ma dit que six intouchables avaient été pendus par une foule en délire. Ils auraient tué une vache.
Je pars à présent pour le Punjab et Amritsar. Pour cela, il m'a fallu repasser par Delhi - ville dont je gardais un souvenir exécrable. Le tableau est effectivement le même lorsque je descends du train à 5h du matin, saleté, bordel et vacarme. Mais cette fois-ci, je vis la chose beaucoup plus sereinement. Près de trois semaines se sont écoulées et je commence à me sentir "presque" chez moi. Je suis en compagnie de Penny et Nadja, néo-zélandaise et anglaise, rencontrées a Jaisalmer. Nos chemins vont se séparer ici avec une soirée cinéma bollywood pendant laquelle elles se pâmeront devant le beau Shah Rukh Khan, la nouvelle star du cinéma indien.
Après cette étape à Delhi, me voici donc à présent dans le Punjab, à Amritsar, capitale religieuse des Sikhs.
La raison essentielle de ma venue ici est le Temple d'Or et je ne suis pas déçu ! L'endroit est d'une beauté indescriptible et l'atmosphère d'une sérénité étonnante.
Imaginez-vous quitter un instant les ruelles bruyantes de la ville. Vous traversez, pieds nus, un bassin d'eau purificatrice (certains fidèles portent l'eau du bassin à leur bouche... je ne le ferai pas !) Puis vous franchissez un porche et débouchez au cœur d'un immense palais. En son centre, encadré d'arcades d'un blanc éclatant, un lac. Posé sur ce lac apparaît le Temple d'Or, nombril de la Foi Sikh. Ses murs couverts d'or brillent au soleil alors que des centaines de fidèles s'avancent en procession sur une musique lancinante.
Adeptes d'une religion originale et méconnue, les sikhs vivent, pour leur grande majorité, en Inde dans le Pendjab, l'Haryana et l'Etat de Delhi, mais on en rencontre dans de nombreux pays occidentaux. Les hommes sont reconnaissables au turban dans lequel ils disposent avec précaution leur chevelure, qu'ils ne coupent jamais, tout comme leur barbe.
Bien que sous certains aspects similaire à ces deux religions, la doctrine sikhe est plus qu’une simple tentative de conciliation entre islam et hindouisme.
S'il est possible que le premier gourou, qui vivait en pays hindou, ait effectué un voyage à La Mecque, cela ne signifie pourtant pas qu'il ait voulu établir une voie moyenne entre les deux religions.
L'une des différences fondamentales entre sikhs et hindous consiste en ce que les sikhs ne demandent pas à leurs disciples de se retirer du monde pour venir vivre et méditer dans un ashram. Les sikhs, par ailleurs, même s'ils n'ont qu'imparfaitement aboli le système de castes, proclament l'égalité entre l'homme et la femme. De plus, ils croient à la possibilité pour chacun, quelle que soit la caste dont il est issu, de parvenir à la libération, c'est-à-dire d'échapper au cycle des réincarnations, ce qui est en contradiction fondamentale avec l'hindouisme.
La frontière pakistanaise :
A 30 km d'Amritsar se trouve le seul passage terrestre possible entre les deux frères ennemis. Je me rends donc là-bas pour assister à la fermeture quotidienne de la frontière. A cette occasion, les deux armées s'affrontent dans une sorte de comédie sur fond de slogans nationalistes alors que des foules de Pakistanais et d'Indiens massés de chaque côté des deux frontières rivalisent de clameurs.
Je suis à la fois mal à l'aise devant tant de ferveur nationaliste et amusé par l'aspect comique de ces soldats qui se défient du regard, bombent le torse, claquent des bottes et ferment violemment les vantaux du portail qui sépare les deux pays. J'ai parfois envie de rire car ils en font vraiment trop. Les centaines d'Indiens autour de moi sont aux anges et l'ambiance est finalement plutôt bon enfant malgré l'histoire tragique qui sépare les deux nations.
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Publié à 11:57, le 17/11/2008, Amritsar Mots clefs : temple d'or
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