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Inde, premiers pas dans le tourbillon : Delhi, Rajasthan
J'ai quitté le Népal. Adieu les hautes terres désertiques du plateau tibétain, adieu la sérénité des grands espaces du toit du Monde. Me voici à présent en Inde, fourmilière de plus de un milliard d'habitants. Au moment où je pose les pieds sur la terre indienne, le pays connaît la croissance économique la plus rapide de son histoire. Mais plus de 300 Millions d'Indiens vivent encore dans la misère la plus choquante qu'il m'ait été donné de voir.Je retiendrai de mon séjour ici ce vacarme permanent, cette explosion de couleurs et d’odeurs, ces vaches qui bloquent la circulation, une saleté parfois repoussante, une foule inimaginable et des rencontres étranges, parfois mystiques comme seul ce pays peut en livrer. L'Inde est un tourbillon hallucinant auquel on oppose au début ses valeurs occidentales puis dans lequel on se laisse aspirer progressivement pour mieux apprécier la folie de ce pays semblable à nul autre.
Un ventilateur antédiluvien s’agrippe miraculeusement au plafond et je me résigne à ne pas l'utiliser pour m'épargner son insupportable bourdonnement. Une fenêtre aux rideaux poisseux donne sur la ruelle encombrée de détritus. Je décide de passer le moins de temps possible dans cette suite royale et je pars à la découverte du chaos qui m'entoure. Dans la rue, mendiants et lépreux m'agrippent alors que j'enjambe des monceaux d'ordure. Je suis perplexe et me demande un peu ce que je fais ici. Je passerai deux jours à Delhi, le temps de trouver un billet de train, le temps de digérer ce premier choc.
Je prends place dans le Shatabdi Express qui n'a d'express que le nom, 5 heures pour faire 400 bornes. Le voyage s'avérera être un très bon moment, je suis de bonne humeur, content de quitter Delhi et mon voisin est un personnage passionnant. Je discute ainsi pendant la plus grande partie du voyage avec un vieux monsieur de 85 ans. Originaire du Pendjab, il m'explique avoir fuit sa région natale au moment de la séparation Pakistan-Inde en 1947. Puis nous discutons religion, philosophie, sens de la vie. L'Inde réserve des instants parfois surprenants. Parvenus à Jaipur, nous nous quittons meilleurs amis du monde sur le quai de la gare. Je décide de me rendre dans le quartier des hôtels à pied pour mieux prendre la température de la ville que je m'apprête à découvrir. Jaipur est une ville moyenne à l'échelle indienne mais abrite tout de même 2 millions de personnes. Ce n'est pas encore ici que je trouverai la sérénité ! Mais les chameaux, les éléphants, les saris multicolores et les hommes enturbannés donnent le signal d'une Inde plus authentique.
Alors qu'il me fait visiter ma chambre, je le surprends en train de renifler les murs de ciment à plusieurs reprises. Au début, je pense qu'il vérifie si le ciment est sec mais depuis, je suis convaincu qu'il est atteint d'un toc... je me retiens donc de rire à chaque fois que je le croise ! Cet après-midi, je visite un fort qui surplombe la cité en compagnie d'une Belge et d'une Polonaise rencontrées au moment du déjeuner et qui partent pour Bénarès ce soir. Le lendemain matin, après un bon lassi (boisson à base de yaourt), je pars à la découverte de Jaipur. Première épreuve, traverser les "avenues". C'est une vraie corrida entre rickshaws à moteur (mobylettes trafiquées avec une banquette couverte à l'arrière), rickshaws à pédale, motos, bus, voitures et dromadaires. Mais on finit par aimer.
Ici, un barbier taille la moustache de son client sur le trottoir. Là, une vache broute dans un tas d'ordures. Plus loin, un homme sans jambes bondit sur ses seules mains au milieu de la folle circulation. Il se passe mille choses autour de moi et je peine à enregistrer ce flot d'images. Que les rues de Paris me sembleront calmes après tout cela ! Je m'engouffre dans une ruelle adjacente. On me dévisage avec curiosité, ce n'est visiblement pas un quartier touristique. Les enfants me saluent et certains tiennent à me serrer la main. Un Indien me prend en photo. Les gens sont aussi curieux de moi que je le suis d'eux. Je réclame 50 roupies pour la photo, ce qui fait rire tout le monde. J'ai peut-être trouvé là un bon moyen de financer mon voyage !
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