| Impressions et images de voyages |
Népal, le routard sur le toit... du monde
Le Népal, petit royaume perché sur les plus hautes montagnes du monde, David des cimes cerné par deux Goliath, l'Inde et la Chine.
C'est en compagnie de mes amis Roman et Fred que je pars à la découverte du massif du Manaslu. Ils étaient déjà mes complices lors de mon premier voyage au Népal, quatre ans plus tôt et c'est avec bonheur que je les retrouve ici pour une autre aventure. Nous voici donc de retour à Katmandou. 4 ans déjà et pourtant la ville nous semble si familière. Les téléphones mobiles sont certes plus nombreux et les costumes traditionnels disparaissent au profit du jean et des lunettes de star. Nous rencontrons Isu, notre guide. Il est originaire de la région du Kholu Sombu, près de l'Everest. Il rêve de devenir guide d'alpinisme pour conquérir les 8000. Pour nous ce sera un 5000 et c'est déjà pas mal !
Nous quittons rapidement Katmandou pour Gorkha, dans le Nord-Ouest du pays. Ici s'achèvent la route et le monde civilisé, il nous faut à présent marcher. C'est le début de trois semaines de voyage vers les cimes et dans le temps.
La campagne, dans ces contreforts de l'Himalaya, est superbe. Nous progressons entre 800 et 1200 m d'altitude. Ici règnent les cultures du millet et du riz. Les paysans battent le grain. Plus loin, un bœuf lourdement harnaché tire sur le soc et dessine derrière lui un long sillon dans la terre. Après avoir déjeuné sous un vieil arbre à l’ombre généreuse, nous partons nager dans la rivière sous les regards à la fois médusés et inquiets de nos amis népalais. Aucun d’entre eux ne sait en effet nager. Ce même jour, nous croiserons les membres de la guérilla maoïste. Ils nous réclament le paiement de l'impôt révolutionnaire. Ce sera la première de nos nombreuses "donations".
Mais nous voici bientôt bloqués par un gros orage dans un bourg nommé Barpak, à 2500 m. Nous nous réfugions alors dans la pièce à vivre d'une famille où nous jouerons aux cartes et déjeunerons. Avec le retour du soleil, nous reprenons notre route. C'est l'occasion pour Fred d'échanger son sac à dos avec la hotte en osier d'une grand-mère et de la porter à la mode népalaise, à savoir sanglée au niveau du front. C'est l'hilarité générale, un Européen qui porte comme un Népalais, du jamais vu. Un peu plus loin, je tente à mon tour l'expérience sous les rires d'un groupe de jeunes filles qui proposent de m'épouser toutes les quatre. La polygamie serait-elle légale au Népal ?
Longue descente vers les gorges de la Buri Gandakhi que nous suivrons ensuite plusieurs jours. En chemin nous croisons un garçonnet sévèrement blessé au pied depuis trois jours. Il attendait depuis lors que des voyageurs munis d'une trousse de secours passent par son village. Isu tente de désinfecter la plaie mais la blessure est trop profonde et la gangrène menace. Nous finissons par laisser à sa mère, une réfugiée tibétaine misérable, de quoi emmener son fils au dispensaire, à deux jours de marche d'ici. Nous ne saurons jamais si elle l'a fait ou a préféré garder l'argent pour d'autres dépenses. Cette deuxième option est probable car elle a pû penser que son fils finirait bien par guérir tout seul...
Namrung, 12 novembre. Nous sommes de retour dans la zone des 2500 m. Ici alternent forêts et cultures. Le groupe s'effiloche sur le chemin et je me retrouve seul une grande partie de la matinée. Je décide de faire une pause et m'assoie dans les herbes pour contempler les premiers sommets enneigés qui nous séparent du Tibet. Soudain surgissent un grand-père et son petit fils. Ils s’installent près de moi et nous discutons tranquillement au soleil. Nos échanges sont faits de peu : gestes, bribes de népali et sourires.
Plus tard, alors que nous avons atteint notre étape du soir, Fred et moi-même nous voyons invités à partager une prière de purification dans la maison d'une famille tibétaine. Instant surréaliste : un lama et son jeune moine psalmodient des prières bouddhistes. Au même instant, le propriétaire des lieux se saisit d'une épée, d'un fouet et se coiffe d'un étrange casque médiéval. Il semble très fier de son accoutrement. Il danse un instant au milieu de la pièce puis sort soudain achever son rite autour d'un grand feu de sapin. Nous restons assis sur le plancher crasseux pendant que son épouse nous sert du raksi, un alcool local et nous jette de la tsam-pa (farine) sur les cheveux et les épaules.
Nous mettrons finalement trois heures là où 1h30 suffisait par la voie classique ! Chemin impraticable, glissements de terrain avec à pic vertigineux en contrebas... l'ambiance est tendue et nous retrouverons le campement épuisés. Ce soir, il neige, nous sommes à 3300 m. Dans la tente, je dors à peine, transi de froid. Roman nous dira le lendemain qu'il a crû mourir de froid.
Après une nuit réparatrice, nous entamons le retour progressif vers des altitudes plus clémentes. Nous repassons sous la barre des 3000 et retrouvons les forêts. Ce soir sera l'occasion d'une belle veillée dans une maison de Tilje. Autour du feu avec notre équipe, nous buvons du chang (bière maison) et mangeons des morceaux de yack grillé que la Didi (la grande sœur ou patronne) nous découpe à même le sol, sur une carcasse sans doute abattue depuis un bon moment. Peu importe, nous nous régalons et la crasse ambiante ne nous gêne plus. Nous préférons désormais manger par terre et si possible avec nos doigts, il est temps que nous retrouvions la civilisation !
C'est déjà la fin de notre trek aux confins du Tibet et du Népal. Roman et Fred vont bientôt repartir en Europe et je vais débuter de nouvelles aventures en Inde, mon voyage en solitaire va commencer.
commentaires {0} - Ajouter un commentaire
|
| Page précédente | Page suivante |