Impressions et images de voyages

Népal, le routard sur le toit... du monde

 
                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS       

RENCONTRES              

     

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Le Népal, petit royaume perché sur les plus hautes montagnes du monde, David des cimes cerné par deux Goliath, l'Inde et la Chine.

femme de la tribu TamangAu moment où je m'enfonce dans la région isolée du Manaslu, aux confins du Tibet, le pays vit ses derniers mois de monarchie, la guerre civile qui déchire le Népal depuis quinze ans va en effet bientôt s'achever et l'année 2008 verra le Roi abdiquer.  

 

C'est en compagnie de mes amis Roman et Fred que je pars à la découverte du massif du Manaslu. Ils étaient déjà mes complices lors de mon premier voyage au Népal, quatre ans plus tôt et c'est avec bonheur que je les retrouve ici pour une autre aventure.  Nous voici donc de retour à Katmandou. 4 ans déjà et pourtant la ville nous semble si familière. Les téléphones mobiles sont certes plus nombreux et les costumes traditionnels disparaissent au profit du jean et des lunettes de star. Nous rencontrons Isu, notre guide. Il est originaire de la région du Kholu Sombu, près de l'Everest. Il rêve de devenir guide d'alpinisme pour conquérir les 8000. Pour nous ce sera un 5000 et c'est déjà pas mal !  

Nous quittons rapidement Katmandou pour Gorkha, dans le Nord-Ouest du pays. Ici s'achèvent la route et le monde civilisé, il nous faut à présent marcher. C'est le début de trois semaines de voyage vers les cimes et dans le temps. 

une femme gurung trie le rizChanaute, 6 novembre.  Premiers sourires, premiers "Namasté ! " (bonjour en népali) qui claquent dans la bouche des enfants.

La campagne, dans ces contreforts de l'Himalaya, est superbe. Nous  progressons entre 800 et 1200 m d'altitude. Ici règnent les cultures du millet et du riz. Les paysans battent le grain. Plus loin, un bœuf lourdement harnaché tire sur le soc et dessine derrière lui un long sillon dans la terre.

Après avoir déjeuné sous un vieil arbre à l’ombre généreuse, nous partons nager dans la rivière sous les regards à la fois médusés et inquiets de nos amis népalais. Aucun d’entre eux ne sait en effet nager.

Ce même jour, nous croiserons les membres de la guérilla maoïste. Ils nous réclament le paiement de l'impôt révolutionnaire. Ce sera la première de nos nombreuses "donations".

fillette gurungLe lendemain, nous partons revêtus des t-shirts qu'Isu a imprimés à notre attention "Sebastien Team Manaslu". Une ascension éprouvante nous attend pour gagner la zone des 2000 m. Le soir venu, nous dormons dans une classe de l'école du village. Quelques bières plus tard, nous voici au milieu de la Woman Community. Toutes les femmes du village sont venues pour danser en notre honneur car nous ne manquerons pas de verser une généreuse donation pour l'installation de l'eau potable au village. Chants et tambours résonnent sous le ciel piqueté d'étoiles. Nous finirons au milieu de la piste à danser sur des chants traditionnels. Soirée magique...

 

 

jeunes gurungsLe jour suivant, les Namas et les sourires sont radieux lorsque nous quittons le village.

Mais nous voici bientôt bloqués par un gros orage dans un bourg nommé Barpak, à 2500 m.

Nous nous réfugions alors dans la pièce à vivre d'une famille où nous jouerons aux cartes et déjeunerons.

Avec le retour du soleil, nous reprenons notre route. C'est l'occasion pour Fred d'échanger son sac à dos avec la hotte en osier d'une grand-mère et de la porter à la mode népalaise, à savoir sanglée au niveau du front. C'est l'hilarité générale, un Européen qui porte comme un Népalais, du jamais vu. Un peu plus loin, je tente à mon tour l'expérience sous les rires d'un groupe de jeunes filles qui proposent de m'épouser toutes les quatre. La polygamie serait-elle légale au Népal ? 

         

famille tibétaineVendredi 9 novembre:

Longue descente vers les gorges de la Buri Gandakhi que nous suivrons ensuite plusieurs jours.

En chemin nous croisons un garçonnet sévèrement blessé au pied depuis trois jours. Il attendait depuis lors que des voyageurs munis d'une trousse de secours passent par son village. Isu tente de désinfecter la plaie mais la blessure est trop profonde et la gangrène menace. Nous finissons par laisser à sa mère, une réfugiée tibétaine misérable, de quoi emmener son fils au dispensaire, à deux jours de marche d'ici.

Nous ne saurons jamais si elle l'a fait ou a préféré garder l'argent pour d'autres dépenses. Cette deuxième option est probable car elle a pû penser que son fils finirait bien par guérir tout seul... 

           

pont suspenduLe lendemain matin, nous progressons le long de la rivière. Après le déjeuner, nous tombons sur un couple en pleine querelle. Ils sont visiblement imbibés d'alcool. L'homme tape sur sa femme à grands coups de bambou et je suis obligé de lui confisquer son arme alors que notre guide entraîne sa femme plus loin. Nous sommes en pleine fête religieuse de Tihar et il semble qu'à cette occasion les gens, notamment les Gurungs, s'adonnent à la boisson plus que de raison... un autre Népal !  

          

Namrung, 12 novembre. Nous sommes de retour dans la zone des 2500 m. Ici alternent forêts et cultures.

Le groupe s'effiloche sur le chemin et je me retrouve seul une grande partie de la matinée. Je décide de faire une pause et m'assoie dans les herbes pour contempler les premiers sommets enneigés qui nous séparent du Tibet. Soudain surgissent un grand-père et son petit fils. Ils s’installent près de moi et nous discutons tranquillement au soleil. Nos échanges sont faits de peu : gestes, bribes de népali et sourires.

            

Plus tard, alors que nous avons atteint notre étape du soir, Fred et moi-même nous voyons invités à partager une prière de purification dans la maison d'une famille tibétaine. Instant surréaliste : un lama et son jeune moine psalmodient des prières bouddhistes. Au même instant, le propriétaire des lieux se saisit d'une épée, d'un fouet et se coiffe d'un étrange casque médiéval. Il semble très fier de son accoutrement. Il danse un instant au milieu de la pièce puis sort soudain achever son rite autour d'un grand feu de sapin. Nous restons assis sur le plancher crasseux pendant que son épouse nous sert du raksi, un alcool local et nous jette de la tsam-pa (farine) sur les cheveux et les épaules. 

             

jeunes moines bouddhistesLe jour suivant, nous visitons un monastère où étudient de jeunes moines bouddhistes. Puis nous décidons de prendre un raccourci que certains locaux considèrent comme plus rapide. Nous sommes seuls avec notre guide, le reste de l'équipe prend le chemin normal. Nous aurions dû faire comme eux !

Nous mettrons finalement trois heures là où 1h30 suffisait par la voie classique !

Chemin impraticable, glissements de terrain avec à pic vertigineux en contrebas... l'ambiance est tendue et nous retrouverons le campement épuisés. Ce soir, il neige, nous sommes à 3300 m. Dans la tente, je dors à peine, transi de froid. Roman nous dira le lendemain qu'il a crû mourir de froid.  

           

massif du ManasluJeudi 14 novembre : Nous sommes à présent à Samdo, 3850 m. Après la traversée de Sama Gaon, gros village tibétain que nous surnommons la Venise des Himalayas à cause de son canal central. Nous avons pris la route du Tibet. De superbes caravanes de yacks chargés de bois partagent le chemin avec nous. Le paysage est extraordinaire. Autour de nous s'élèvent les 7000 et les 8000. Le Manaslu domine l'ensemble de sa masse imposante. Le temps est superbe, tout va bien ! Ce soir je me fais une petite toilette, une fois tous les 3 jours ça suffit amplement ! Le froid ambiant me fait penser que le prochain baquet d'eau est loin. 

           

 

porte tibétaine sur la route des caravanesVendredi 16 novembre.  Journée de repos et d'acclimatation. Nous devons forcer notre organisme à produire des globules rouges en quantité pour mieux vivre l'ascension du surlendemain. Nos amis népalais nous embarquent pour une ballade de santé sur un pic à près de 5000 m. La journée de repos se transforme en épreuve physique. Mais tout cela se conclue par une belle soirée au coin du feu avec la famille tibétaine qui nous héberge. Après une bonne nuit de repos, nous prenons le chemin qui mène à Darhamsala, le camp de base du Larkya, à 4400 m d'altitude. La respiration est difficile mais globalement tout va bien. Ce soir, sous la tente,  je dors avec 5 couches de vêtements, un passe-montagne et de grosse chaussettes en laine achetées en Islande l'été dernier et que je chéris chaque nuit dans ce froid polaire !  

                   

au sommet du Larkya La, 5200m18 novembre. Camp de base, 4400 m, 4h du matin. Le soleil n'est pas encore levé. Un froid mordant me saisit lorsque je m’extirpe de la tente. Une tasse de fer blanc fumante m’attend. Le thé me brûle les entrailles. Nous devons atteindre le sommet du Larkya avant que le vent ne se lève. Débute donc une longue progression de trois heures dans la neige. Je marche très lentement afin de retarder les symptômes du mal des montagnes. Roman est pleine forme et ouvre la marche. Fred et notre Sherpa cheminent avec moi. Le Larkya est vaincu à 9 heures 30. Le paysage est fantastique, autour de nous se dressent les géants de pierre et de glace. Nous sommes à 5200 mètres d’altitude et je sens le mal de tête me gagner, il est temps de repartir. Nous descendons sur le versant ouest a présent. Neige et plaques de glace rendent la progression parfois périlleuse. Puis, plus bas, ce sont d’interminables éboulis qui achèveront de nous briser les genoux. Nous atteindrons notre campement en fin d’après-midi, à la fois épuisés et heureux d'avoir "vaincu" le Larkya. Ce soir, notre cuistot nous confectionne un gâteau au chocolat pour fêter l'évènement ! 

           

enfants tibétains

Après une nuit réparatrice, nous entamons le retour progressif vers des altitudes plus clémentes.

Nous repassons sous la barre des 3000 et retrouvons les forêts.

Ce soir sera l'occasion d'une belle veillée dans une maison de Tilje. Autour du feu avec notre équipe, nous buvons du chang (bière maison) et mangeons des morceaux de yack grillé que la Didi (la grande sœur ou patronne) nous découpe à même le sol, sur une carcasse sans doute abattue depuis un bon moment.

Peu importe, nous nous régalons et la crasse ambiante ne nous gêne plus. Nous préférons désormais manger par terre et si possible avec nos doigts, il est temps que nous retrouvions la civilisation !  

                      

soirée d'adieuxAprès plusieurs jours de descente, nous voici revenus en zone tropicale. Nous passons notre dernière soirée avec l'équipe. Ce soir, chang et raksi pour tout le monde ! Nos porteurs chantent et dansent autour du feu et nous nous joignons à eux. On nous sert un repas amélioré composé de dal bat (riz et lentilles) avec viandes et épices. Nous donnons à chacun le traditionnel pourboire puis Roman fait un petit discours de remerciement et je conclue par quelques phrases en népali. Nous nous couchons effroyablement tard, il est au moins 23h30 ! Demain, nous prenons le bus de retour vers Katmandou où j'aurai le plaisir de boire un verre avec Saru, étudiante népalaise rencontrée à Paris l'hiver dernier et qui est depuis rentrée au Népal.  

 

C'est déjà la fin de notre trek aux confins du Tibet et du Népal. Roman et Fred vont bientôt repartir en Europe et je vais débuter de nouvelles aventures en Inde, mon voyage en solitaire va commencer.

           

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Publié à 09:49, le 19/11/2008, Manaslu
Mots clefs : trek


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Entre Orient et Amérique Latine, ce sont des voyages pleins de rencontres et d'émotions qui ont nourri ces textes et ces impressions à chaud que je compile ici. En illustration, voici aussi quelques photographies de ceux du bout du monde et de leurs pays.


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